Couvre-feu teinté d'incompréhension pour des jeunes de Nice
"Le couvre-feu ici ! Mais on va où là ?", s'inquiétaient mercredi soir des jeunes du quartier de l'Ariane à Nice, partagés entre ironie et abattement face à la mesure, particulièrement sévère, instaurant l'état d'urgence dans vingt et une communes des Alpes-Maritimes.
"Et à Paris, ils n'ont même pas de couvre-feu, mais c'est pas possible !" : Foued, 17 ans, fait partager son incompréhension à la demi-douzaine de copains, rassemblés autour d'un narguilé, au pied des immeubles de ce quartier est de Nice, plongé à 21h30 dans le silence.
La nouvelle de l'application du couvre-feu n'a que quelques heures, mais elle a déjà fait le tour de l'Ariane, "comme une traînée de poudre", note Oualid, 19 ans.
"C'est +ouf+ (fou, ndlr)", commentent les jeunes, pour lesquels "il ne se passe rien de spécial, de grave", ces jours-ci, que ce soit à Nice ou dans leur quartier, qui, à défaut d'escalade de la violence, vit, selon eux, "l'escalade de la répression".
Quelque 155 véhicules ont brûlé au cours des cinq dernières nuits dans les Alpes-Maritimes, selon la préfecture, mais aucun affrontement direct entre forces de l'ordre et fauteurs de trouble n'a été constaté.
"Ils (les forces de l'ordre) font les fiers avec leurs cagoules, ils nous traitent mal depuis une semaine", dénonce Mohammed, prédisant que "quand tout ça va finir et qu'il n'y aura plus +les nationaux+ (par opposition aux policiers du département et de la ville, ndlr), là ça va vraiment tout casser".
Au sein du petit groupe, où l'on saute d'un pied sur l'autre pour se réchauffer, chacun tient à portée de main sa carte d'identité, prêt à dégainer le précieux sésame au premier contrôle policier.
Pour les mineurs du groupe, ce document ne sera plus d'un grand secours jusqu'au 20 novembre prochain, date de levée du couvre-feu, puisqu'il leur est désormais interdit de circuler seuls, de 22h00 à 05h00 du matin.
"C'est qui Sarkozy, c'est pas mon oncle ! De quel droit il me dit de rentrer chez moi ?", s'énerve un adolescent de 17 ans, à quelques minutes de l'entrée en vigueur du couvre-feu.
"Il faut les comprendre", tente de justifier, un "grand", présent à ses côtés, "dans les appartements de trois pièces, il y a huit personnes, les soeurs qui ne veulent pas regarder les même programmes que leurs frères à la télé, tu veux qu'ils fassent quoi, enfermés chez eux le soir ?"
22h00, passées de dix minutes, une demi-heure puis trois quarts d'heure, et toujours aucune ronde de police à l'horizon. Plusieurs mineurs continuent de tirer sur le narguilé à moins de cinq cents mètres du commissariat de l'Ariane.
Au coin de la rue, trois policiers se livrent à une séance de photo-souvenirs, s'immortalisant devant leur véhicule avec leur téléphone portable.
C'est finalement du ciel, dans un vacarme assourdissant, que vient le signal pour les plus jeunes de disparaître dans la nuit : un hélicoptère de gendarmerie apparaît pour balayer d'un faisceau lumineux longue portée le quartier désert, qui prend pour quelques minutes des airs de zone de guerre.
A 23h00, deux mineurs circulant seuls, l'un à Nice, l'autre dans une petite commune du département, avaient été conduits au commissariat. Onze voitures, dont sept à Nice, avaient brûlé dans les Alpes-Maritimes.